Histoire du personnage
Adill a grandi dans un bourg de tanneurs gris et humide, où l'odeur du cuir trempait jusque dans les murs. Son père, relieur de son état, tenait un petit atelier qui servait surtout les clercs de la région et quelques marchands lettrés. Il y avait peu d'enfants au village et encore moins de livres, mais Adill, dès qu'il sut lire, passa ses soirées à recopier des pages à la lueur d'une chandelle. Le métier le prit naturellement. À douze ans, il cousait déjà des cahiers ; à dix-huit, il savait reconnaître un parchemin de veau d'un parchemin de chèvre rien qu'au toucher.
Sa vie aurait pu rester ainsi, étroite et paisible, si un client n'était pas venu un soir d'hiver. Un homme voûté, qui n'enleva pas sa capuche dans l'atelier, qui paya en pièces anciennes et qui laissa derrière lui un cahier à restaurer. Le père d'Adill refusa de l'ouvrir. Il l'enferma dans un coffre et fit promettre à son fils de ne jamais y toucher.
Adill avait vingt et un ans quand son père mourut. Il avait vingt et un ans quand il ouvrit le coffre.
Ce qu'il y avait dans le cahier, il en a peu parlé depuis. Des inscriptions tracées à l'encre noire dans une langue qu'il ne connaissait pas, mais que ses mains, parfois, sans qu'il l'ait voulu, recopient encore à la marge d'autres ouvrages. Des schémas. Des noms barrés. Et au milieu, sur une page laissée presque vide, une silhouette droite aux yeux blancs sans pupilles, dessinée si simplement qu'on aurait dit qu'un enfant l'avait faite, et pourtant, Adill n'a jamais réussi à la regarder longtemps sans détourner la tête.
Il a brûlé le cahier. Il a brûlé l'atelier après, par accident, dit-il aux voisins. Et il est parti.
Depuis six ans, il marche. Il s'arrête dans les bourgs et les villes, propose ses services aux scribes, aux temples, aux marchands. Il répare des registres, recopie des contrats, relie des livres de comptes. Il gagne peu, mais assez. Il ne reste jamais plus de quelques semaines au même endroit, parce qu'à chaque fois, et il a fini par accepter que ce n'est plus un hasard, il finit par tomber sur quelque chose. Une inscription effacée sous une autre. Un client qui prononce un mot qu'il a déjà vu. Un rêve, toujours le même, qui revient les nuits où il dort près d'un lieu trop ancien.
L'année dernière, sur un quai marchand, il a entendu deux hommes parler à voix basse d'un Ordre établi loin dans les terres, qui s'intéressait à ce que le commun considère comme des superstitions, et qui accueillait sans poser trop de questions ceux que ces choses-là semblaient suivre. Adill a noté le nom sur la dernière page de son carnet, Monts-Lotus, et a continué sa route en faisant semblant de ne pas y avoir prêté attention.
Il a tenu six mois de plus. Et puis il y a eu la traversée.
Il se souvient d'avoir embarqué sur un petit caboteur. D'une tempête. D'un choc. De l'eau froide. Et puis d'un endroit qu'il ne saurait pas décrire même s'il essayait : un endroit où le temps n'existait pas comme il devrait, où il y avait du gris, et autre chose dans le gris. Quand il est revenu à lui sur une plage, deux jours plus tard, les autres passagers n'étaient pas avec lui. On ne les a jamais retrouvés.
Adill, lui, n'avait pas une égratignure.
Il a compris cette nuit-là que partir n'avait pas suffi, et que tenter d'ignorer ce qui l'attendait ne ferait que retarder l'échéance. Il a remballé ses outils, sa sacoche, son carnet, et il a pris la route des Monts-Lotus.
Présentation du joueur
En attente.